Quels sont les enjeux spirituels de l'Intelligence Artificielle ?
Le journaliste Grégory Hémar explore les racines pseudo-religieuses du transhumanisme et de la Big Tech, et interroge la frontière entre conscience humaine et intelligence artificielle, entre foi et idolâtrie technologique.
Grégory Hémar, journaliste et auteur de L’Évangile selon Big Tech, donne une conférence au centre Teilhard de Chardin pour l’association Foi et Culture Scientifique. Il y décortique l’idéologie transhumaniste qui irrigue l’écosystème des grandes entreprises technologiques et pose une question fondamentale : la technologie est-elle en train de devenir une religion ? Une intervention dense, documentée, qui invite à un discernement lucide face aux promesses de l’IA.
Les idées clés
Le transhumanisme, une religion déguisée — Dès les origines du mouvement, de Julian Huxley à Ray Kurzweil, le transhumanisme se présente comme une croyance visant à transcender l’humanité par la technologie. Grégory Hémar montre que cette aspiration à remplacer les religions traditionnelles n’est pas une métaphore : c’est un projet revendiqué, soutenu par des milliards de dollars d’investissement.
Les références spirituelles de la Big Tech — D’Apple (la pomme du fruit défendu) à Oracle, de Meta (le symbole de l’infini) à OpenAI (l’étoile de David stylisée), les géants de la tech multiplient les références religieuses dans leur identité. Ce n’est pas un hasard : ces symboles traduisent une vision du monde où la technologie prend la place du divin.
Des religions technologiques déjà existantes — Terasem, Way of the Future, Don’t Die : plusieurs mouvements fondés par des figures de la tech se revendiquent explicitement comme des religions. Leurs credos — « Dieu est technologique », « la mort est optionnelle » — illustrent une volonté de créer un dieu numérique et d’accéder à l’immortalité par la machine.
La conscience, enjeu central du siècle — Pour les transhumanistes, les machines pourraient devenir conscientes. Grégory Hémar soutient le contraire : la conscience est propre au vivant et ne peut être réduite au fonctionnement cérébral. Il s’appuie sur les recherches post-matérialistes et les études sur les expériences de mort imminente pour proposer une alternative à la vision purement matérialiste.
Les dangers concrets des chatbots compagnons — L’exposé ne reste pas théorique. Des faits divers dramatiques — un père de famille belge, un adolescent américain poussés au suicide par des chatbots — montrent que la confusion entretenue entre machine et conscience humaine a déjà des conséquences réelles. Les IA de compagnie exploitent la solitude et le deuil, tout en étant insuffisamment régulées.
Une pression technologique qui nous oblige à penser — En conclusion, Grégory Hémar voit dans cette pression techno-scientifique une invitation paradoxale : elle nous force à nous reposer les grandes questions métaphysiques sur la conscience, le sens de la vie et notre place dans l’univers. Chacun, dans sa discipline et à son niveau, peut nourrir ces réflexions essentielles.
Citations
« Nous créons quelque chose capable de tout voir, d’être partout, de tout savoir et en fait de nous aider, de nous guider comme si c’était Dieu. Sauf que là, nous pouvons parler à Dieu et Dieu peut répondre. »
« Le but, c’est vraiment de mettre la lumière sur l’idéologie qui sous-tend tout l’écosystème de la tech, pour savoir à peu près où on va et pouvoir faire des choix éclairés en tant que citoyens. »
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