Recevoir son travail comme une mission de Dieu
Le philosophe Denis Marquet distingue le labeur de l'œuvre : l'être humain n'est pas fait pour travailler afin de gagner sa vie, mais pour manifester l'être unique qu'il est. Chercher d'abord le règne de Dieu, et le reste sera donné par surcroît.
Dans cet extrait du podcast Zeteo, le philosophe et thérapeute Denis Marquet, interrogé par Guillaume, partage sa vision du travail à la lumière de la philosophie du Christ. Il propose une distinction essentielle entre le labeur et l’œuvre, et invite à repenser en profondeur notre rapport à l’activité professionnelle.
Les idées clés
Labeur et œuvre, deux rapports au travail — Denis Marquet rappelle que le mot « travail » vient étymologiquement de tripalium, un instrument de torture. Il distingue le labeur, dimension pénible du travail réduite à gagner sa vie, de l’œuvre, qui consiste à manifester l’être unique que l’on est. L’être humain n’est pas fait pour le labeur, mais pour œuvrer.
L’être humain est fait pour créer — Jésus n’a jamais demandé à ses disciples d’être oisifs : il les a envoyés porter sa parole, ce qui est une forme d’œuvre. Ce que le Christ enseigne, c’est que si l’on a suffisamment de foi, on peut vivre en renonçant au travail comme simple moyen de subsistance, pour se consacrer pleinement à l’expression de son être profond.
Chercher d’abord le règne de Dieu — Denis Marquet explicite la parole du Christ : « Cherchez d’abord le règne de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. » Il ne s’agit pas de quitter impulsivement son emploi, mais d’identifier les qualités spirituelles qui nous appellent et de commencer à les vivre dès maintenant, y compris dans un travail qui ne nous plaît pas.
Transformer son labeur en œuvre — Concrètement, vivre ces qualités spirituelles dans son activité actuelle peut conduire à deux issues : soit le labeur se transforme en œuvre et l’on s’épanouit dans ce même travail, soit de nouvelles opportunités émergent naturellement. Dans les deux cas, c’est la recherche intérieure qui précède le changement extérieur.
Citations
« La déchéance, c’est de travailler pour des moyens de subsistance. Si je travaille pour œuvrer, alors par surcroît les moyens de subsistance viennent. »
« Si je suis en train de travailler uniquement pour gagner ma vie et non pas pour manifester l’être unique que je suis, alors il y a une erreur existentielle, il y a une erreur de visée. »
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