À quoi reconnaît-on un entrepreneur qui a réussi ?
Pierre-Yves Gomez explore le paradoxe de la figure de l'entrepreneur, entre héroïsme et trivialité, et révèle les deux signes d'une véritable réussite entrepreneuriale : savoir reconnaître ce qu'on doit aux autres, et savoir passer la main.
Pierre-Yves Gomez, professeur émérite à l’EM Lyon Business School et fondateur de l’Institut français du gouvernement des entreprises, répond en quelques minutes à une question faussement simple : à quoi reconnaît-on un entrepreneur qui a réussi ? Sa réponse, loin des critères habituels de chiffre d’affaires ou de notoriété, dessine un portrait inattendu fait d’humilité et de lucidité.
Les idées clés
L’entrepreneur, héros paradoxal — Gomez décrit l’entrepreneur comme la figure chevaleresque de la modernité : celui ou celle qui, partant de rien, combine des éléments pour bâtir quelque chose. Mais il pointe aussitôt le paradoxe : cet héroïsme se déploie souvent au service de choses triviales, ordinaires, qui constituent pourtant la trame de notre vie quotidienne. Cette tension entre la grandeur du geste et la simplicité de ce qu’il produit rend la figure entrepreneuriale à la fois fascinante et touchante.
Savoir que ça s’est fait sans soi — Le premier signe de la réussite, selon Gomez, c’est l’entrepreneur qui reconnaît que le succès s’est construit avec les autres. Les entrepreneurs qui l’ont le plus marqué sont ceux qui donnent le sentiment que les choses se sont faites collectivement, qu’ils ont été comme la cuillère qui tourne les ingrédients d’une mayonnaise : à un moment, ça a monté, mais ça leur a échappé.
Savoir se déprendre — Le second signe de la réussite, c’est la capacité à passer la main. On entreprend, mais il faut aussi savoir se déprendre. Gomez raconte l’exemple d’un grand dirigeant encore relativement jeune qui a su dire que son temps était terminé et confier les rênes à son fils. L’inverse du chef qui s’accroche jusqu’au bout, confondant sa propre vie avec celle de son entreprise.
Citations
« Les entrepreneurs qui m’ont vraiment épaté, ce sont des entrepreneurs qui donnent le sentiment que ça s’est fait avec les autres et que finalement ils ont été là comme la cuillère qui tourne les ingrédients pour faire une mayonnaise. »
« On entreprend, mais il faut aussi se déprendre. On prend des choses, mais aussi on déprend, et on sait passer la main. »
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