Vidéo Long (1-3h) Comprendre

L'entreprise, the place to be pour rendre ce monde meilleur ?

Luigino Bruni, économiste spécialiste de l'économie civile, retrace 2000 ans de tension entre l'Église et les entrepreneurs, et propose de redécouvrir l'entreprise et le marché comme le plus grand réseau coopératif de l'histoire humaine.

Par: Luigino Bruni
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Conférence de Luigino Bruni, professeur d’économie politique à l’université LUMSA de Rome et directeur scientifique de The Economy of Francesco, donnée au Centre Teilhard de Chardin. Spécialiste de l’économie civile et de l’éthique économique, il explore ici le rapport complexe entre la tradition chrétienne et le monde de l’entreprise, avant de proposer une vision profondément coopérative du marché et du travail.

Les idées clés

La 29e scène manquante de saint François — En visitant la basilique d’Assise avec les jeunes de l’Economy of Francesco, Bruni découvre que parmi les 28 fresques de Giotto sur la vie de saint François, il manque celle du baiser au lépreux, scène pourtant décisive de sa conversion. Les financeurs de l’époque ne voulaient pas montrer qu’il y avait des lépreux à Assise. Cette absence illustre la première pauvreté : une pauvreté narrative, celle des exclus qu’on ne raconte plus.

Deux mille ans de tension entre l’Église et les entrepreneurs — Bruni retrace comment la tradition chrétienne a entretenu un rapport ambigu avec la richesse. D’un côté, saint Augustin a élargi le chas de l’aiguille pour y faire passer le chameau, permettant aux riches d’être chrétiens moyennant le détachement spirituel. De l’autre, saint François a rétréci le chameau en embrassant la pauvreté radicale. L’interdiction du prêt à intérêt a engendré une double morale et rendu la vie des entrepreneurs très compliquée au sein de la communauté chrétienne pendant des siècles.

Le marché comme plus grand réseau coopératif de l’histoire — Au cœur de l’entreprise, il y a une action collective générative : des personnes qui se coordonnent chaque jour pour créer ensemble. En s’appuyant sur Simone Weil, Bruni montre que des ouvriers qui se coordonnent devant un mur sont beaux, parce que c’est l’action collective qui les rend beaux. Le marché tout entier, du barista qui sert un café au camionneur qui livre un colis, est un immense tissu de coopération entre inconnus.

Former aux vertus coopératives, pas seulement compétitives — Si l’on comprend que l’axe fondamental du marché est la coopération (servir le client) plutôt que la compétition (battre le concurrent), alors les business schools doivent former à l’empathie, à la capacité de demander pardon, de recommencer, plutôt qu’aux seules vertus de la victoire.

Bien faire son travail, même quand on ne l’aime pas — À travers l’histoire de Lorenzo, le maçon qui a sauvé Primo Levi à Auschwitz en construisant des murs droits et solides par dignité et non par obéissance, Bruni tire une règle de vie : moins un travail nous plaît, plus il faut le faire bien, pour ne pas mourir intérieurement.

Une saine ambition pour les jeunes — Bruni s’oppose à l’idée que la première vertu d’un jeune qui entre en entreprise devrait être l’humilité. L’humilité est une vertu adulte, celle que la vie nous enseigne. Un jeune a besoin d’une saine ambition, et surtout de mentors qui lui disent qu’il a des talents, plutôt que de voix qui le rabaissent.

Citations

« Quand je me suis arrêté prendre un café, dans ce merci que je dis au barista et ce merci à vous qu’il me répond, il y a la reconnaissance que nous faisons quelque chose de beau et de positif ensemble. »

« Moins un travail te plaît, plus tu dois le faire bien. Pour ne pas mourir. »

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